ASSASSINAT D'UN ASPIRANT COMPAGNON
DU TOUR DE FRANCE ?

QUELQUES BIZARRERIES DE L'INSTRUCTION

Excepté lors l'enquête initiale, close le 15 septembre 1998, tous les actes effectués ont été préalablement réclamés parfois avec insistance par des demandes d'actes formelles de la famille, par l'intermédiaire des avocats. Des éléments essentiels n’ont reçu aucun début d’explication. Voici quelques-unes des anomalies les plus flagrantes (mais non leur totalité).

NB : D'autres lacunes importantes du dossier sont exposées dans la page Actualités.


  1. Un examen du corps plus que sommaire
  2. Des conclusions vagues lors de l'autopsie
  3. Rien n'a été mis sous scellés
  4. Une reconstitution qui n'en est plus une
  5. Une recherche d'ADN peu convaincante

1. Un examen du corps plus que sommaire

Avant l’inhumation, le corps n’avait été examiné par aucun médecin légiste, seulement sommairement par un médecin généraliste. Ses observations tiennent en six lignes : fracture de l'os fémoral droit, de l'humérus droit, fracas crânien avec embarrure et plaie postérieure de 15 cm de long, rigidité cadavérique et absence de lividités déclives, avec comme conclusion un obstacle médicolégal. Malgré cette restriction, le procureur de la République n'a pas ordonné d'autopsie, pas même l'examen du corps par un médecin légiste. Aucune contusion n'est indiquée.

Aucune photographie du dos du corps

En 2002, les avocats du cabinet parisien ont demandé une copie de tous les clichés pris par le policier de l'identité judiciaire lors de l'examen du corps par le médecin généaliste. Ils ont constaté avec surprise qu'il manquait les photos du dos dénudé. Vérification faite, le dossier ne contenait aucun cliché montrant le dos, alors que le tee-shirt porte une longue tache de sang à l'épaule gauche.

2. Des conclusions vagues lors de l'autopsie

Le 24 septembre 1998, lors du dépôt de plainte contre X, nous avions demandé une exhumation et une autopsie du corps. Cette rapide autopsie d'une durée d'environ une heure a été pratiquée seulement le 26 novembre 1998, deux mois et demi après le décès d'Alain, par deux médecins légistes de Clermont-Ferrand. Ce délai a servi aux médecins pour ne pas faire de recherches approfondies, et déclarer : « Cependant le contexte de cette très probable précipitation (accidentelle ? suicidaire ? criminelle ?) ne peut être précisé par les données médicolégales recueillies lors de cette expertise, surtout compte tenu de l'état du corps ». Leur conclusion a été : « Mort violente — compatible avec une précipitation — contexte indéterminé ».

Pas de radiographies des fractures lors de l’autopsie

Aucune radiographie des fractures n’a été effectuée ; aucune indication des endroits précis d'une fracture de l'humérus et d'une fracture du fémur ne figure dans le rapport d'autopsie ; le corps ne portait aucune fracture des côtes ni aucune lésion de la colonne vertébrale après une chute supposée d’une hauteur de 28 mètres. Le bassin portait une disjonction sacro-iliaque du côté droit : il s'agit d'une luxation et non d'une fracture. Par ailleurs, l'étude des hématomes de fracture ou de leur absence a montré que la blessure qu'Alain portait au fémur droit s'est produite lorsqu'il était toujours vivant, tandis que les autres fractures se sont produites beaucoup plus tard, au moment du décès ou après. Les médecins légistes n'ont donné aucune interprétation de la présence de cet hématome.

Aucune explication à l’absence de lividités déclives

À partir d'environ trois heures après son décès, dans des délais variables, le sang d'un cadavre se rassemble dans la zone la plus basse, celle sur laquelle repose le corps. Les lividités déclives sont des taches de couleur rouge violacé se formant autour de la zone comprimée qui, elle, reste de teinte normale.

Ces lividités surviennent systématiquement sur tous les cadavres, sauf dans quelques circonstances rarissimes ou si elles sont « cassées » en cours de formation par manipulation du corps. Dans ce cas, de nouvelles lividités peuvent se reformer, mais les premières persistent. En ce qui concerne Alain, leur absence est un signe probant que la position du cadavre a été modifiée après la mort, d'autant plus qu'il a été découvert replié en chien de fusil.

Depuis 1998, les conclusions du médecin généraliste ont été exploitées par deux équipes de deux médecins légistes, ceux qui ont pratiqué l'autopsie et ceux qui ont participé à l'expertise technique de chute. Aucun de ces quatre spécialistes n’a donné la moindre explication sur cette absence de marques, essentielle pour l’enquête. Me Blanco avait pourtant insisté sur cette anomalie.

3. Rien n'a été mis sous scellés

Les policiers du commissariat de Pau ayant décidé dès la découverte du corps qu'il s'agissait d'un suicide, aucun objet n'a été mis sous scellé : ni la branche de palmier découverte sous le corps, ni la mèche de cheveux prélevée au funérarium par le médecin généraliste, ni les vêtements remis aux parents.

Un flacon de sang prélevé sur le corps a disparu

Il devait être conservé dans un laboratoire de Pau. Nous avions demandé une recherche de médicaments du genre barbituriques ou neuroleptiques, dans l’hypothèse qu’Alain avait pu être drogué par ses agresseurs. Ce flacon a été demandé au laboratoire en juillet 1999 ; le biologiste ayant répondu que ce flacon n'était plus en sa possession, la question posée est passée aux oubliettes. Alain a-t-il été drogué avec un de ces produits ? Impossible de le savoir par ce moyen.

Les cheveux d'Alain avaient une couleur bizarre

Au funérarium, les parents avaient observé une teinte bizarre aux cheveux d'Alain, une couleur roux-rosé ; ils avaient pensé à un produit utilisé par l'employé du funérarium. Alain était très blond. Renseignements pris par la suite, le vendredi matin 11 septembre 1998, la chevelure d'Alain avait toujours sa teinte naturelle, et aucun produit n'avait été passé sur ses cheveux à la morgue. Nous avons pensé qu'il avait pu être victime, par exemple, d'une brimade avant son décès.

Nous avons demandé le prélèvement d'une mèche lors de l'autopsie, son analyse pour déterminer le produit qui avait donné cette couleur aux cheveux, en comparaison avec une mèche prélevée par le médecin généraliste lors de l'examen du corps, et avec des cheveux restés sur la brosse à cheveux d'Alain.

Nous avons constaté que le juge d'instruction n'était pas au courant de l'existence de cette mèche prélevée en septembre 1998, mais surtout que ces cheveux se trouvaient simplement dans un placard du commissariat et n'ont été mis sous scellé qu'en juillet 1999, à la suite de notre demande de comparaison.

La personne qui a effectué les analyses des cheveux a déclaré ne pas avoir trouvé de colorant rouge. Peut-être avait-on passé sur les cheveux d'Alain une mousse colorante qui s'était dégradée au fil des jours ? Ce qui est certain, c'est que pour trois échantillons de cheveux, nous avons trois graphiques de spectrométrie différents, ce qui ne nous a pas vraiment convaincus de l'absence de colorant, mais nous avons reçu un refus de contre-expertise.

Reprise par les juges d'instruction, la conclusion a été : « La présence de résidus sanguins éventuellement présents sur les cheveux lors de la présentation du corps n'est certainement plus décelable sur les cheveux prélevés lors de l'autopsie effectuée plus de deux mois après le décès sur un corps en état de putréfaction ». Bien entendu, les parents auraient confondu la couleur du sang séché, collant et marron, avec un coloris à la mode, observé sur quelques jeunes dans la rue.

Une simple description des vêtements intitulée expertise

Pas de comparaison de la terre sur les vêtements avec celle du terre-plein où a été trouvé le corps : cet acte n'a pas été demandé par le juge d'instruction. D'ailleurs le corps reposait sur de l'herbe épaisse.

Les vêtements ont été expertisés au laboratoire de police scientifique de Toulouse. En fait d’analyses, le rapport contient uniquement des descriptions et des photos des vêtements entiers, avec seulement trois gros plans. Les experts de ce laboratoire, considéré comme l'un des mieux équipés de la police française ont expliqué que « Sur la veste, les différentes souillures localisées sur l'ensemble de la partie postérieure et sur l'avant au niveau de la manche gauche et au bas du pan droit, ne constituent pas un échantillon suffisamment conséquent pour permettre une analyse ». Pourtant la veste était couverte de terre, comme on le voit sur les photos que nous avons prises.

Des taches de couleur sur la chemise et le tee-shirt n'ont pas non plus été analysées (Voir l'état des vêtements : la chemise).

Cependant, les experts ont identifié des taches de sang sur tous les vêtements d'Alain : veste, pantalon, chemise, tee-shirt, caleçon, mouchoir. Seules la chaussure et les chaussettes n'avaient pas de traces de sang. Le juge d'instruction n'avait pas demandé aux experts de rechercher à qui appartenait ce sang.

4. Une reconstitution qui n'en est plus une

Une reconstitution à l’aide de mannequins (voir Un article du journal Sud Ouest), qui avait montré que le corps ne pouvait pas être tombé du haut du Belvédère, est devenue pour le juge d’instruction « une mise en situation avec des moyens non scientifiques », et donc sans valeur.

Une expertise technique absurde censée prouver que la chute à cet endroit est possible

Sans nous consulter, Me Blanco, avocat de Pau, avait demandé une expertise technique destinée à déterminer le point de chute d'un corps depuis la terrasse du Belvédère. Cette démonstration a été réalisée par deux médecins légistes et un expert en matériaux composites, physique appliquée à la reconstitution, dont les diplômes ne sont pas mentionnés. Les experts ont prétendu avoir prouvé qu'Alain s'était laissé glisser le long de la corniche supérieure pour tomber à l'endroit où il a été trouvé ; ils ont expliqué que « les vides le long du parcours de descente ont tendance à aspirer le corps en chute, puisque des différences thermiques existent, et à le rapprocher ainsi de la paroi. » Cependant cette explication n'est justifiée par aucune formule ni aucun calcul, qu'un expert en physique est tout de même censé fournir. Cette aspiration ne s'était naturellement pas produite lors de la reconstitution, malgré le soin apporté par les policiers à faire glisser les mannequins bien au bord de la corniche. Les experts ont délibérément ignoré les corniches inférieures du bâtiment : un corps, même « aspiré », heurterait immanquablement une de ces deux corniches et serait rejeté vers l'allée (voir Pavillon des arts). D'ailleurs, la démonstration filmée par les journalistes ayant réalisé un reportage de télévision sur ce décès a donné exactement le même résultat que la reconstitution judiciaire.

De surcroît, pour les experts, cette explication apportait la preuve du suicide d'Alain, ou à la rigueur d'un accident, mais absolument pas d'un acte criminel, car ils ont conclu :

« Les constats techniques démontrent que Monsieur Alain Dubois n'a pas été projeté du haut du Belvédère, pas plus qu'il n'aurait pris un quelconque élan.
La vitesse d'arrivée au sol était de 80 km/h pour un choc de 2 tonnes.
Deux possibilités existent :
a) Alain Dubois se serait suicidé en se laissant chuter.
b) Alain Dubois serait tombé accidentellement ».

En quelques années, trois personnes ont été retrouvées mortes au pied du Belvédère. Toutes sont tombées dans l'allée ; Alain seul a été trouvé sur le terre-plein. Ces trois décès ont été classés en suicide. Le raisonnement des experts implique par conséquent que si Alain s'est suicidé, ces trois personnes ont été victimes de meurtres.

Ni les médecins légistes qui ont effectué l'autopsie, ni ces experts dont deux sont eux-mêmes médecins légistes n'ont répondu aux principales interrogations du dossier qui sont, entre autres, l'absence de lividités déclives, l'absence presque totale de sang sur les lieux malgré le fracas crânien et les vêtements maculés de sang, la présence d'une tâche blanchâtre à un genou (ces trois observations montrant que le corps a été manipulé après le décès), l'absence de lésions aux côtes, la présence d'un hématome de fracture à la seule blessure du fémur (ce qui indique que la jambe a été cassée beaucoup plus tôt que le bras et le crâne), etc. Par contre, ils ont expliqué d'une façon bien particulière les phases de la chute :

« C'est ainsi que le corps a réalisé une descente pour se retrouver en position 3/4 horizontale, puis a heurté le sol avec la partie droite du bassin, engendrant une rupture du fémur droit et de l'humérus droit sous ce choc. Secondairement, le corps a rebondi en arrière et le crâne a percuté le ciment engendrant alors des lésions des fosses crâniennes postérieure et moyenne ».

La force du « rebond » a dû être phénoménale pour détacher et enfoncer un morceau d'os dans la boîte crânienne alors que la chute n'avait pas fracturé de côtes. Pourtant, malgré la violence du choc, les murs alentour ne portaient aucune trace de sang.

Les experts ont une explication pour les déchirures des vêtements :

« [...] les éraillures rencontrées sur les vêtements peuvent être rattachées à la trajectoire à proximité immédiate de la paroi et au phénomène de rebonds du corps sur le sol. [...] La chaussure manquante a très bien pu être arrachée au cours de la chute et être tombée ainsi à l'intérieur de l'infrastructure du bâtiment, où elle n'aurait pas été retrouvée. Par ailleurs, dans ce dossier, aucun élément ne s'avère particulièrement en faveur d'une agression ».

En regardant le Pavillon des arts, on voit que le corps ne pouvait pas frotter le long de la paroi. Curieusement, les experts n'ont jamais fait allusion à la terre maculant les vêtements. Pourtant, outre le rapport d'autopsie, ils étaient en possession du rapport d'expertise du laboratoire de police scientifique de Toulouse et de toutes les photos contenues dans le dossier. Il est tout de même difficile de qualifier d'« éraillures » les dégâts sur les vêtements.

Enfin, l'absence d'une chaussure ne peut s'expliquer comme le prétendent les experts. Dans leurs procès-verbaux, les policiers du commissariat de Pau disent notamment avoir recherché partout cette chaussure, sans succès. Le bâtiment et les lieux alentour ne présentent d'ailleurs aucun recoin où elle aurait pu disparaître. De fait, le précédent d'Emmanuel Bouchet, auquel il manquait également une chaussure, laisse supposer que cette perte n'était peut-être pas forcément accidentelle.

Tous les magistrats qui ont été mis au contact de ce dossier, sans exception, disent avoir été parfaitement convaincus par cette démonstration. Le juge d'instruction Thierry Pons a écrit au sujet de cette expertise qu'il a supervisée :

« Attendu que les trois experts, à l'issue d'un travail important et minutieux ont conclu clairement leur expertise en indiquant que les constats techniques démontent que Alain Dubois n'a pas été projeté du haut du Belvédère, pas plus qu'il n'aurait pris un quelconque élan et ajoutent qu'il existe deux possibilités :
a) Alain Dubois se serait suicidé en se laissant chuter.
b) Alain Dubois serait tombé accidentellement ».

Pas du tout persuadés de la justesse de ces explications embrouillées, nous avions demandé une contre-expertise, qui a été refusée. Le juge d'instruction a accordé un complément d'expertise, par les mêmes experts qui se sont contentés de recopier les mêmes réponses. Il a invoqué cette expertise comme la preuve absolue du suicide d'Alain pour refuser de nombreuses demandes d'actes d'instruction, en répétant les conclusions du rapport dans chacune de ses ordonnances ultérieures. Le juge d'instruction actuel est également très élogieux à l'égard de ce court texte de cinq pages rédigé en très gros caractères : « un souci — louable — de rigueur scientifique » ... « avec la plus grande rigueur envisageable et exigible »...

5. Une recherche d'ADN peu convaincante

Les résultats d’une recherche d’ADN sur les taches de sang des vêtements ont été communiqués vingt et un mois après la demande déposée par l’avocat. L’expert désigné a mis huit mois pour effectuer cette expertise. Sur d'énormes taches de sang, il a identifié une seule trace d'ADN, sur le tee-shirt. Un exemple : la veste portait dans le dos une tache de sang de 80 cm sur 16 cm ; l'expert a prélevé un seul fragment de tissu de 1,5 cm sur 0,5 cm ; il n'a pas trouvé d'ADN, mais n'a pas analysé une autre partie de la tache. Une comparaison de la trace d’ADN avec celui de la famille a nécessité une nouvelle attente de quatre mois et demi, jusqu’à la fin de janvier 2004. D'après la conclusion rendue, cet ADN appartiendrait à Alain ou à sa mère qui avait touché les vêtements. Une seule tache identifiée est tout de même un résultat bien léger au vu de l'état de tous les vêtements.

Toute contre-expertise refusée, un complément d'expertise par le même expert n'a rien apporté de plus. En juillet 2003, l’expert a conclu que « l'ancienneté des taches et le mode de conservation des scellés sont des facteurs à retenir pour expliquer cette absence de résultats. » Pourtant nous avions, quatre ans auparavant, remis au juge d'instruction les vêtements dans le meilleur état de conservation possible ; nous sommes en droit de nous poser des questions sur la façon dont sont conservés les scellés dans les tribunaux et dans les laboratoires. De plus, invoquer l'ancienneté des taches après avoir poussé au maximum les délais pour effectuer les analyses demandées par la famille relève du pur cynisme.

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18/09/2006